Dr Serge BORNSTEIN, Copaternalité, http://sergebornstein.free.fr/copaternalite.htm, 2014.
M. Elliot M... 41 ans, exerçant la profession d'ostéopathe dans un gros bourg de Franche-Comté, a contacté sur Internet un site dit de «copaternalité», d'une dame ainsi rencontrée, il a eu une fille prénommée Eva.
Il a reconnu l'enfant à six mois de grossesse et à sa naissance, à laquelle il a assisté ainsi qu'aux échographies préalables, il est aussi venu chercher la maman à sa sortie de maternité. Eva porte donc le nom de ses deux géniteurs.
Cependant après une période de concorde parfaite, un conflit a surgi entre les parents du seul fait de la maman ignorant désormais le fécondeur, le tribunal a ordonné une médiation, une enquête sociale et fixé à titre provisoire la résidence habituelle de l'enfant chez la mère, le droit de visite du père et renvoyé l'affaire à une date ultérieure.
Ce consultant a eu une enfance difficile du fait de la disparition précoce de sa mère emportée par une maladie, les difficultés affectives et relationnelles avec son père et son frère aîné. Il aurait voulu suivre un cursus de médecin mais il n'a pu s'orienter qu'en ostéopathie où il a du reste assez bien réussi après trois ans d'études.
D'abord hétérosexuel, par la suite après une brève expérience amoureuse a l'armée, il s'est orienté différemment et depuis quatre ans, il vit avec un compagnon Yohan G..., dessinateur, dans d'excellentes conditions de stabilité. Ils vont du reste se marier en fonction de la législation récente et son ami, 47 ans, a lui-même un projet réalisé de coparentalité en cours.
M. M... est un homme spontané, sensible à l'injustice, se vivant dupé dans ses élans de paternité, son registre d'anxiété est bien contrôlé mais il est affecté par l'affaire et il poursuit une psychothérapie simple, de soutien avec un excellent spécialiste. On n'a noté chez ce sujet aucun signe en faveur d'une quelconque bipolarité, dépression ou pathologie structurée.
Il est bien orienté, bien informé, en syntonie avec l'ambiance, il n'existe chez lui aucun élément d'un trouble psychique aigu, fixé ou évolutif mais il vit douloureusement le fait de ne pas pouvoir exercer son rôle de père dans un climat de sérénité, de compréhension, ne recherchant que l'entente compréhensive et même affectueuse des intervenants parentaux dans le cadre de l'intérêt bien compris de l'enfant auquel il entend consacrer son apport de guidance et d'affection.
Il aime la communication, transmettre son goût des arts, du théâtre, de la musique, des voyages, de la nature et de la biologie.
Au total, M. M... dispose des qualités affectives et éducatives requises et il souhaite exercer ses fonctions de père dans un climat rasséréné pour l'ensemble des personnes concernées.
Ce cas illustre pourtant les aléas d'un engendrement réalisé par deux parents issus de deux planètes relationnelles où le défaut d'élan amoureux se résume à la froideur de l'insémination artificielle, petit clin d'œil à Aldous (Brave new world 1932).
La coparentalité fait l'objet d'une intense activité de petites annonces sur le net, sans être exhaustif:
- à la recherche d'un futur coparent
- couple de garçons du Pays-de-la-Loire cherche coparentalité
- rencontres coparentales
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De nos jours, on peut devenir parents de trois manières, la procréation classique, l'intervention de tiers donneurs et l'adoption.
On constate une recherche actuelle concernant les organisations administratives et sociales dans la sphère légale pour aborder les métamorphoses contemporaines car le Droit avait persisté à confondre la procréation charnelle et la filiation.
Par ailleurs le temps semble révolu où l'homosexuel devait se marier avec quelqu'un de l'autre sexe, fonder une famille honorable et assumer hors-jeu, en cachette son homosexualité. Il en était résulté un blocage sur l'homoparentalité et le violent débat sur le mariage pour tous. De facto, le nombre de familles recomposées a entretenu une surtension sur les problèmes soulevés jusqu'à ce que soit admis le déclin de la famille traditionnelle, atteinte notablement dans son vécu et sa durée, souvent proche de trois ans en moyenne dans les grandes agglomérations, chiffre de la passion ordinaire.
Après avoir souvent renoncé jadis à avoir des enfants, dans l'actualité du couple
de sexe identique, on constate un renouveau important du désir de paternité ou maternité,
la tendance étant de vivre en famille dans la norme banale en élevant des enfants dont on a pu
démontrer que les futurs intérêts sexuels étaient identiques à ceux d'un groupe
témoin standard issu d'un couple hétérosexuel et partant l'absence de dommages spécifiques.
L'adoption homoparentale a été longtemps refusée en France bien qu'admise dans certains pays (Hollande). Elle pouvait concerner parfois quelques célibataires intervenant à titre personnel, au psychisme harmonieux et à la sexualité discrète. Selon la législation française, l'adoption conjointe ne peut être demandée que par un couple marié. Désormais, la promulgation de la loi numéro 2013-404 du 17 mai 2013 ouvre le mariage aux couples de même sexe qui donc relèvent du régime général de l'adoption et selon l'enfant concerné il leur est possible de réaliser une adoption simple ou une adoption plénière.
Il n'existe pas de nombre précis des adoptions homoparentales cependant une enquête «Famille et Logements» de 2011 de l'INED et l'INSEE publiée par communiqué de presse du 7 mars 2013 estime à 200 000 personnes en couple avec une personne de même sexe dont 16% avec une personne ne vivant pas sous le même toit. Six sur 10 sont des hommes, 43% sont pacsées, cette proportion atteignant 55% après 35 ans, 10% de ces couples vivent au moins une partie du temps avec un enfant, soit 10 000 enfants en famille homoparentale, l'enfant est généralement né avant l'union actuelle, et il s'agit alors majoritairement de femmes.
La coparentalité en réunissant dans un même projet de procréation un homme et une femme suscite un engouement dans les couples de même sexe mais devrait nécessiter une approche et un suivi par des équipes d'intervenants spécialisés pour éviter des dégâts collatéraux imprévisibles.